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SITE GUERRE 14-18
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Baionnette Rosalie

"ROSALIE" LA BA?ONNETTE
La Rosalie, baïonnette équipant le Lebel M 1886, a une lame fine et quadrangulaire "cruciforme", contrairement à ce qui se pratique dans les autres armées, adeptes des baïonnettes à lame plate et relativement large (sabre-baïonnette).
Son utilisation provoquait des entailles très difficile à refermer. Sa forme la rend plus perforante, mais elle ne peut être utilisée pour trancher et résiste moins facilement à la casse. Elle mesure 52 à 64 cm selon les modèles.
Toutefois, il faut se garder d'exagérer son importance dans le combat. Le soldat répugne à tuer à l'arme blanche et, à-fortiori, à la baïonnette. De même, ce surnom ne saurait faire illusion. Inventé par les chansonniers dans la veine du comique troupier, il fut très modérément employé par les Poilus. Il faut en effet être un amuseur public de l'arrière pour s'imaginer que le fantassin considère sa baïonnette comme une compagne ("Rosalie m'fait les doux yeux", dit une chanson de l'époque) et lui donne un surnom affectueux en conséquence...
Texte de la chanson Rosalie
Rosalie est si jolie,
Que les galants d' Rosalie,
Verse à boire!
Sont au moins deux, trois millions.
Buvons donc! Rosalie est élégante:
Sa robe fourreau collante, Verse à boire!
La revêt jusqu'au quilon.
Buvons donc!
Mais elle est irrésistible

Quand elle surgit, terrible.
Verse à boire!
Toute nue:
Baïonnette donc!
Buvons donc!
Sous le ciel léger de France,
Du bon soleil d'espérance,
Verse à boire!
On dirait le gai rayon,
Buvons donc!
Elle adore entrer en danse
Quand, pour donner la cadence,
Verse à boire!

A préludé le canon,
Buvons donc!
La polka dont elle se charge
S'exécute au pas de charge,
Verse à boire!
Avec tambour et clairon,
Buvons donc!
Au milieu de la bataille,
Elle pique, et perce et taille.
Verse à boire!
Pare en tête et pointe à fond.
Buvons donc!

Et faut voir la débandade
Des mecs de Lembourg et d' Bac
Verse à boire!
des Bavarois, des Saxons.
Buvons donc!
Rosalie les cloue en plaine,
Ils l'ont eue déjà dans l'AINE,
Verse à boire!
Dans l'REIN, bientôt, ils l'auront,
Buvons donc!
Toute blanche elle est partie;
Mais, à la fin d' la partie,
Verse à boire!

Elle est couleur vermillon.
Buvons donc!
Si vermeille et si rosée,
Que nous l'avons baptisée,
Verse à boire!.
' Rosalie ", à l'unisson,
Buvons donc!
' Rosalie ", sour glorieuse.

De Durandal et Joyeuse,
Verse à boire!
Soutiens notre bon renom.
Buvons donc!
Sois sans peur et sans reproches,
Et du sang impur des Boches,
Verse à boire!
Abreuve nos sillons.
Buvons donc!
Nous avons soif de vengeance.
' Rosalie, verse à la France,
Verse à boire!
De la gloire à pleins bidons,
Buvons donc!

Paroles de Théodore Botrel
Charge à la baïonnette par des soldats Français
Baïonnette "Rosalie" pour fusil Lebel modéle M 1886.
Théodore Botrel, (1868-1925)
auteur-compositeur-interprète Français de Bretagne, du pays Gallo ?¹, il est l'auteur de "La Paimpolaise"
?¹ Le gallo est reconnu comme appartenant au patrimoine linguistique de France
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La Baïonnettes scie:
En 1914, l'armée allemande possédait encore des baïonnettes avec un coté tranchant et un coté scie. Quand un fantassin était capturé avec une telle arme, on le massacrait systématiquement, comme l'atteste le récit d'Erich-Maria Remarque dans "A l'ouest rien de nouveau":
(...) Nous vérifions nous même les baïonnettes. En effet il y en a dont le côté non coupant forme une scie. Lorsque les gens d'en face attrapent quelqu'un qui est armé d'une baïonnette de ce genre, il est massacré impitoyablement. Dans le secteur voisin on a retrouvé de nos camarades dont le nez avait été coupé et dont les yeux avaient été crévés avec ces baïonnettes à scie. Puis on leur avait rempli de sciures la bouche et le nez et on les avait ainsi étouffés.
quelques recrues ont encore de ces baïonnettes; nous les faisons disparaitre et leur en procurons d'autres.
A vrai dire la baïonnette a perdu de son importance. Il est maintenant de mode chez certains d'aller à l'assaut simplement avec des grenades et une pelle. La pelle bien aiguisée est une arme plus commode et beaucoup plus utile; non seulement on peut la planter sous le menton de l'adversaire, mais surtout, on peut assener avec elle des coups trés violents; spécialement si l'on frappe obliquement entre les épaules et le cou, on peut facilement trancher jusqu'à la poitrine. Souvent la baïonnette reste enfoncée dans la blessure; il faut d'abord peser fortement contre le ventre de l'ennemi pour la dégager et pendant ce temps on peut facilement soi même recevoir un mauvais coup. En outre il n'est pas rare qu'elle se brise (...).
De fait les autorités allemandes, au courant des rumeurs à leur sujet, ont effectivement rapatrié ces baïonnettes pour meuler leurs dents de scie avant de les renvoyer sur le front (avec une nouvelle marque poinçonnée).
Charge à la baïonnette:
Témoignage de Paul Lintier dans "Ma pièce":
(...) Un grand diable de biffin vient nous demander un oignon. Nous l'interrogeons:
- Alors ils l'ont passé la Meuse?
- Voilà! Ils l'ont passé...une brigade...; seulement l'artillerie a coupé les ponts derrière. Alors, on a rentré dedans à la baïonnette. Ah vous ne connaissez pas ça, vous autres, la charge! C'est terrible. Je ne connais rien de pareil. S'il y a un enfer, on doit s'y battre tout le temps à la baïonnette. Sans blague. On part, on gueule, il y en a qui tombent, des tas qui tombent, moins il en reste plus il faut gueuler fort pour que ça continue à marcher. Et puis, quand on arrive dessus on est comme un fou. On tape, on tape. Mais la première fois qu'on sent la baïonnette rentrer dans le ventre, ça fait quelque chose. C'est mou, il n'y a qu'à enfoncer. Seulement c'est pour la retirer après! J'y allais si peu fort, que j'en ai piqué un à terre, un gros pansu à barbe rouge. Je ne pouvais plus ravoir ma baïonnette. J'ai été obligé de lui mettre le pieds sur le ventre. Je le sentais remuer sous mon pied. Tiens regarde ça. Il a tiré sa baïonnette. Elle est rouge jusqu'au quillon. En s'en allant il arrache une poignée d'herbe pour la nettoyer(...)
Fusil Lebel:
Le fusil Lebel a été la première arme à répétition de petit calibre utilisant la poudre sans fumée. C'était une arme magnifique de part ses proportions, ses qualités de tir. Il souffrait toutefois de son magasin tubulaire: il fallait en effet autant de temps à un poilu pour charger une cartouche que pour un allemand de réapprovisionner le magasin de son Mauser!
Témoignage de Blaise Cendrars
"La main coupée - Faire un prisonnier".
(...) Le Lebel est un excellent fusil mais il ne vaut rien dans les tranchées. Il est beaucoup trop fragile. La boue, un grain de sable l'enraye et il est beaucoup trop encombrant. Nous disposions de deux, trois mousquetons à chargeurs, des mousquetons de cavalerie que nous avions fauchés, réduits que nous étions à pratiquer le "système D"... Nous nous sortions comme des pauvres avec notre flingue à un coup et ce ridicule fourreau métallique qui vous gêne dans tous vos mouvements, se coince entre les jambes quand on rampe, sonne comme un grelot sur le moindre caillou et vous révèle à chaque pas (...).
La tranchée des baïonnettes:
à l'est du ravin des dames, le 12 juin, deux compagnies du 137° RI résistent aux assaillants; La situation étant désespérée, plus de munitions, encerclés et tenaillées par la faim, ils doivent demander la reddition. Le Lieutenant Polimann envoie la demande via un prisonnier pendant que les survivants sabotent les mitrailleuses. L'officier français est prié d'avancer seul, on vient vers lui. Il se retourne alors et ordonne à ses hommes de déposer les armes. Par bonds les soldats rescapés défilent devant lui. Il se retourne alors et salue militairement la patrie française. Il aperçoit le reflet de baïonnettes en ligne. Elles ont été déposées à la verticale, peut être comme un hommage aux camarades tombés en ce lieu. Les obus viennent combler ce qui deviendra la tranchée des baïonnettes. Plus tard il n'aura pas à cour de rétablir la vérité historique sur la tranchée des baïonnettes. Il notera:
"l'histoire était trop belle pour ne pas devenir légendaire".?¹
Quelques semaines après l'armistice, l'aumônier Louis Ratier, du 137°, revient en solitaire à Thiaumont et découvre des aiguilles de baïonnettes rouillées. Le chef de corps du 137° ordonne alors de clore l'endroit et de construire un monument sommaire.
Ce fut le premier monument érigé prés de la tranchée des baïonnettes en 1919.
Dés 1920 des pèlerins commencent à venir à Verdun et sont saisis par la puissance évocatrice du lieu: des soldats morts debout dans l'attitude du guetteur! L'un de ces pèlerins, l'américain George Rand, obtient de faire doubler la frêle construction de bois d'une construction en béton. On découvre lors des travaux de fondations de nombreux corps, tous du 137e Le jour de l'inauguration, le 8 décembre 1920, le président de la république Alexandre Millerand et l'ambassadeur des Etats-Unis M. Wallace rendront hommage aux glorieux vendéens de la tranchée des baïonnettes.
Stèle en hommage au 137e Régiment d'Infanterie
?¹ En fait, il est impossible que la terre soulevée par les obus qui tombent irrégulièrement parvienne à combler une tranchée. De plus, on n'en retrouve nulle trace sous cette forme dans les récits des combattants; par contre, ces alignements de fusils ou de baïonnettes le long d'une tranchée, ou de corps, sont très fréquents. Il s'agit d'un usage qui s'est établi durant la guerre: après une offensive, il était nécessaire d'enterrer au plus vite les corps, y compris ceux des ennemis. La solution la plus pratique pour ceux-ci était de combler un boyau inutilisé avec leurs corps. La tombe collective était ensuite marquée de fusils baïonnettes en l'air.
Cette explication est fournie dès la fin de la guerre par des soldats anciens combattants (cf Le témoignage de l'abbé Lucien Polimann).
Consulter Wikipédia sur les différentes thèses concernant la Tranchée des Baïonnettes
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tranch%C3%A9e_des_Ba%C3%AFonnettes
Maman
Blaise Cendrars "La main coupée - Maman! Maman"
Ils appellaient leur mères: Un des souvenirs les plus poignant des anciens combattants était le cri des blessés laissés entre les deux lignes, dans le no man's land, qui appelaient leur mères, suppliaient qu'on les achève.
Mais le cri le plus affreux que l'on puisse entendre et qui n'a pas besoin de s'armer d'une machine pour vous percer le cour, c'est l'appel tout nu d'un petit enfant au berceau: "Maman! Maman!..." que poussent les hommes blessés à mort qui tombent et que l'on abandonne entre les lignes après une attaque qui a échoué et que l'on reflue en désordre. "Maman! Maman!..." crient-ils... Et cela dure des nuits et des nuits car dans la journée ils se taisent ou interpellent leurs copains par leur nom, ce qui est pathétique mais beaucoup moins effrayant que cette plainte enfantine dans la nuit: "Maman! Maman!..." Et cela va en s'atténuant car chaque nuit ils sont moins nombreux... et cela va en s'affaiblissant car chaque nuit leurs forces diminuent, les blessés se vident... jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un seul qui gémit sur le champs de bataille, à bout de souffle: "Maman! Maman!...", car le blessé à mort ne veut pas encore mourir, et surtout pas là, ni comme ça abandonné de tous... et ce petit cri instinctif qui sort du plus profond de la chair angoissée et que l'on guette pour voir s'il va encore une dernière fois se renouveler est si épouvantable à entendre que l'on tire des feux de salve sur cette voix pour la faire taire, pour la faire taire pour toujours... par pitié... par rage... par désespoir... par impuissance... par dégoût... par amour, ?? ma Maman! -